La quête
- LadyBaroudeuse

- 6 avr.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 7 avr.
2h32. Endormie entre 21h et 22h, puis réveillée. Impossible de me rendormir. L'insomnie de la maman qui a mille et une pensées qui traversent son esprit. Classique, dès lors qu'on donne la vie. L'insomnie de la fille qui se rend compte qu'elle aurait encore tellement besoin de sa maman par moments. Classique, dès lors qu'un parent duquel on était proche ne fait plus partie de son environnement terrestre. L'insomnie des suites d'une opération toute récente. Classique, dès lors qu'on ne sait pas quelle position adopter dû au gonflement au gaz carbonique, à la cicatrisation et aux changements survenus dans tout le corps, conséquences directes de l'anesthésie générale, de l'ablation et de ses effets. Et enfin, l'insomnie de la femme que je suis. Classique, dès lors que je prends 2 secondes pour faire un constat sur la vie en général et sur ma vie en particulier.
D'un tempérament joyeux et optimiste, je contre naturellement toute forme de négativité. Je n'ai absolument aucun mérite, j'ai été fabriquée comme ça. Mais beaucoup de choses m'interpellent. Me poussent à aller voir plus loin. Ma curiosité au monde au sens large, à l'humain en particulier et à ceux qui font partie de ma vie plus spécifiquement.
Je respire. J'inspire. J'expire. Consciemment. Puis je voyage sur la toile, entre deux interruptions de ma (petite) vessie. Mon regard est attiré par le post d'une mère, sur le deuil. Pas le deuil suite à un décès. Pas celui suite à une rupture classique. Celui, invisible, suite au choix de son enfant de ne plus la voir, de ne plus permettre aucun contact. Depuis 7 ans. Son fils a aujourd'hui 32 ans. Les mots de cette maman sont pudiques. Elle n'expose absolument rien de sa vie privée, tout en disant que rien de marquant n'explique cette situation. Elle ne se plaint pas et ne cherche pas de compassion, elle exprime son incompréhension. Car depuis 7 ans, elle a eu le temps d'analyser les 25 années passées, puis de se dire qu'elle a élevé son enfant comme elle le pouvait, comme on suppose que le fait la majorité des mères.
J'imagine, pour le vivre, que le papa n'est pas très présent, puisqu'il est totalement absent du post. Un parent absent a des répercussions indéniables sur la vie d'un enfant. Et ce, même si l'autre parent essaie de compenser. C'est impossible. A chacun son rôle dans une famille. Comme dans la société. Tôt ou tard, il y a réaction de l'enfant, que ce soit durant l'enfance, à l'adolescence ou à l'âge adulte. Car il essaie de comprendre. Pendant que le parent qui en a la responsabilité a la tête dans le guidon, bien souvent la maman, jonglant entre son travail, la logistique, la gestion de son ménage et l'organisation de la vie de sa famille.
C'est difficile. C'est difficile de tout comprendre au bon moment pour tout le monde, et, dans un même temps, agir et réagir sur ce qu'il se passe. Entre maman poule et mama Hulk, le cœur et la raison se déchirent, on doit tendre vers un équilibre à tous les niveaux, pro et perso, le tout sans s'oublier ni faire abstraction d'un amoureux potentiel et des amis...C'est du domaine de l'héroïsme.
Je peux facilement comprendre le jeune adulte en quête d'identité qui quitte tout du jour au lendemain dès qu'il en a la possibilité, malgré l'amour de sa mère. Comme je peux concevoir l'attitude de l'adulte mûr qui rêve de refaire sa vie ailleurs, différemment, pourvu qu'il soit loin de tout ce qu'il a connu jusque-là. Il ne s'agit souvent pas de manque d'amour, il s'agit d'un manque, d'une ou de plusieurs blessures beaucoup plus profonds, d'essayer sans doute de comprendre et de combler une forme d'abandon, comme il peut. C'est une fuite. Une quête. Un besoin. Il n'y a pas d'âge pour ça.
La quête
Jacques Brel
Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d′une possible fièvre
Partir où personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer, même trop, même mal
Tenter, sans force et sans armure
D′atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile
Peu m′importent mes chances
Peu m′importe le temps
Ou ma désespérance
Et puis lutter toujours
Sans questions ni repos
Se damner
Pour l'or d′un mot d'amour
Je ne sais si je serai ce héros
Mais mon cœur serait tranquille
Et les villes s′éclabousseraient de bleu
Parce qu'un malheureux
Brûle encore, bien qu′ayant tout brûlé
Brûle encore, même trop, même mal
Pour atteindre à s'en écarteler
Pour atteindre l'inaccessible étoile





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