Emprise - partie III
- LadyBaroudeuse

- 15 avr.
- 5 min de lecture
Lorsqu'on est véritablement victime, on veut à tout prix que tout ce qu’on a vécu de cauchemardesque, soit derrière soi. Enterré. Oublié. Comme si rien de tout cela n’avait existé. Cela se passe en plusieurs phases. Sur plusieurs années. Au départ, on n’est conscient de rien, on est en état de sidération. On ne comprend rien. On est dépassé par ce qui nous arrive. Par ce qu'on ressent, mélange de honte, de colère, de tristesse, de culpabilité, d'empathie, d'amour, de haine. On ne sait pas quoi faire, comment le faire et encore moins vers qui se tourner. Alors on se tait. On nie. On rejette. On est rongé de l’intérieur, mais on fait comme si de rien n’était. On se persuade. Et à force, ça marche. Ensuite, on occulte, consciemment et inconsciemment. Car dès qu’on comprend un peu mieux, le corps, la tête et l’âme sont en état de choc, on pense que personne ne comprendra, ne nous croira, et on continue d’avoir peur des représailles, et des conséquences sur le reste de la famille si on ouvre la bouche. On glisse très soigneusement tout sous le tapis. C’est plus « facile ». On s’en accommode. On compose. On porte de petits masques en société. Jusqu’au jour où quelque chose se déclenche. On ignore quoi. Et pourquoi. Mais un grain de sable, comme lorsqu’on devient parent, vient tout mettre sans dessus-dessous. A ce moment-là, tout nous explose en plein visage, sans qu’on en saisisse le sens.
Un an après la naissance de mon fils, je ne me suis plus reconnue. Je n’ai plus compris mon attitude, mes actions et mes réactions avec mon entourage, encore moins avec la gent masculine. Mon petit ami de l’époque en a sacrément bavé…il a sans doute payé comptant pour tout le mal que j’avais subi. D’autres l’ont suivi. Et puis, pour faire court, par la suite, tout analyser (le plus souvent seule, parfois avec un accompagnement), tout comprendre, tout accepter et arriver finalement à être sereine avec ce parcours qui était le mien, et donc avec mes proches et avec autrui, m’ont pris des années. A plusieurs reprises, j’ai pu discuter avec ma maman et mon beau-père, très calmement, le confrontant au grabuge qu’il avait laissé derrière lui. Lui-même a son propre background familial et même si ça n’excuse pas son comportement, ça l’explique. Et pour boucler la boucle, je l’ai même revu il y a quelques mois, apaisée, pour lui remettre des lettres et photos laissées par ma maman concernant leur histoire d’amour, et pour lui souhaiter une belle continuation. Ma paix intérieure est plus forte que tout le reste.
On parle beaucoup moins des hommes sous emprise, principale raison pour laquelle j’écris ces lignes aujourd'hui. Des hommes "alpha", des hommes avec une certaine expérience, des adolescents, des hommes en devenir... Des hommes passant par des périodes où ils sont fragilisés par la vie (deuils, absence de parents, pertes d'emploi, problèmes de santé,...). Exactement les mêmes cas de figure que peuvent subir les femmes. On parle très facilement des hommes qui profitent de leur statut. On parle plus difficilement des femmes qui, sans doute victimes elles-mêmes, au sein de leur famille dans leur enfance ou plus tard, et/ou par appât du gain facile, se donnent un point d'honneur à vouloir se venger sur quelqu'un qui n'a absolument rien à voir avec leur histoire. Sans discernement aucun. Elles commencent par (vouloir) séduire leur victime (et y parvenir). Puis débarquent et chamboulent tout dans leur vie. Pour peu que leur victime ait le profil de "sauveur", car lui-même fissuré par certains manquements endurés, elles savent qu'elles ont gagné. Obstinées et sournoises, manipulatrices et perverses, elles tissent ainsi leur toile…et font d’importants dégâts. Parfois irréversibles. Et tout le monde les croit sur parole lorsqu’elles inversent les rôles. Au moment où je tape sur mon clavier, une instruction est en cours concernant un être cher, qui se trouve dans cette situation.
Depuis un peu plus de deux ans, il ne vit plus. Il ne dort plus. Il ne se projette plus. Il s’est éloigné de ses proches, certains à tort, d’autres, à raison. Il a vécu les tentures fermées pendant des mois, craignant les représailles de ses bourreaux (« elle » + sa famille et son « réseau »), il a été chez un psy. et il s’exprime, de temps en temps. Il s’est peu à peu renfermé sur lui-même pour se protéger. Heureusement, il a un travail en CDI, sa famille et son meilleur ami.
Après avoir été en état de choc à ce moment-là, il s’est confié à moi, alors. Il ne m’a pas tout de suite tout raconté. Ca a pris son temps avant que je ne sache (presque) tout. Il avait honte. Honte que tout ça lui arrive à lui, un homme. Honte de ne rien avoir vu, avant, pendant, ni même tout de suite après. Honte de ne pas avoir su quoi faire, comment le faire ni vers qui se tourner. Il se sentait et se sent encore coupable de s'être défendu.
Elle a débarqué avec toutes ses affaires quelques jours seulement après le début de leur relation. Puis avec ses chats et ses chiens. Alors que, il l’a su plus tard, elle n’avait même pas encore terminé son histoire avec son ex. A partir de là, tout a été crescendo sans qu’il ne s’en rende compte. Elle lui a signalé qu’elle était bipolaire. Elle prenait ses médicaments quand elle le voulait, tout en consommant énormément de protoxyde d'azote, d’alcool, de cannabis et autres substances illicites. Il a été témoin de crises monumentales. D’épilepsie. De dédoublements de la personnalité. De colère. De violences. Il a été emprisonné dans son propre jardin par elle, qui rigolait à l’intérieur. Elle vivait du CPAS, de deals, de larcins, elle, véritable kaïra de son quartier. Son ex et des (supers) copains à lui lui ont tendu plusieurs fois des guet-apens, suite à des altercations avec elle. Il y a eu beaucoup de casse, matérielle, psychologique et corporelle, ainsi que plusieurs séjours à l’hôpital. Il a vécu une véritable tentative d’enlèvement et il a été laissé pour mort. Dire qu’il ne savait pas ce qui lui arrivait est un euphémisme. Un soir, sous substances, il y a eu la dispute de trop. Elle le provoque, comme d’habitude. Il ne se laisse pas faire. Une bagarre sans précédent éclate. Chacun en ressort complètement secoué. Mais elle, elle ne perd pas le nord. Elle court à l’hôpital, après s’être tapée toute seule avec témoin, exactement comme elle l’avait déjà fait avec son ex, puis porte plainte contre lui à la police. Ce n’est pas la première fois qu’elle agit de la sorte. Ce ne sera sans doute pas la dernière. En attendant, une vie est en sursis.
Un homme est en train de payer très cher la folie d'une femme. Les mots et les actes de cet homme, qui, tout le long de leur relation a tenté de sauver cette femme, sont mis en doute, parce que c'est un homme.
#metoo peut aller se rhabiller. Elles desservent plus la cause qu'elles ne la servent. Je sais très exactement de quoi je parle. Elles manipulent. Par intérêt personnel et financier. C'est l'effet pervers d'une bonne intention qui contribue à déshiniber une personne lui permettant d'entreprendre des actions plus vicieuses ensuite. C'est une réalité. Parmi d'autres réalités, mais une réalité tout de même.





Je suis d'accord avec toi à la différence que je ne pense pas qu'avec le temps on occulte.
On apprend à vivre avec, à accepter d'une certaine manière la réalité et on prend du recul.
Cela nous construit et forge (ou consolide) notre vrai personnalité, plus forte et plus en phase avec nos convictions.
J'ai le sentiment que si nous occultons, il ne peut y avoir de résilience.